ARC : conserver la confiance d'un e-mail quand il traverse des intermédiaires
Par CaptainDNS
Publié le 23 octobre 2025

En deux mots : ARC (Authenticated Received Chain) est un standard qui permet aux relais (listes de diffusion, passerelles anti-spam, redirections, etc.) de préserver et sceller les résultats d'authentification (SPF, DKIM, DMARC) qu'ils ont observés. Le destinataire peut ainsi décider intelligemment de faire confiance au message même si SPF/DKIM ont logiquement échoué après modification ou redirection.
Statut IETF 2026 : ARC fait l'objet d'une demande de reclassification en statut « Historic » à l'IETF (draft
draft-ietf-dmarc-arc-to-historic, 2026). Cet article décrit le fonctionnement d'ARC, qui reste valable. Pour le statut en évolution et la décision d'implémenter ou non, voir Faut-il encore implémenter ARC en 2026 ?.

Pourquoi a-t-on besoin d'ARC ?
Sans ARC, un message légitime peut être rejeté après une redirection :
- le SPF échoue car l'IP émettrice devient celle du relais ;
- la signature DKIM d'origine peut devenir invalide si le relais modifie les en-têtes ou le corps (bannière, footer, antispam) ;
- en conséquence, DMARC échoue côté destinataire, alors que l'e-mail était correct à l'origine.
ARC permet au relais de dire : « J'ai reçu un message qui passait SPF/DKIM/DMARC, voici mes résultats et je les signe. »
Le serveur final examine la chaîne de sceaux pour décider si l'e-mail reste digne de confiance.
Comment ARC fonctionne (vue d'ensemble)
À chaque relais, trois en-têtes ARC sont ajoutés, avec un index i=1, i=2, ... :
ARC-Authentication-Results(AAR) - recopie les résultats SPF/DKIM/DMARC tels que vus par le relais.ARC-Message-Signature(AMS) - signature cryptographique du message tel qu'observé par le relais (analogue à DKIM).ARC-Seal(AS) - sceau qui signe l'ensemble (AAR + AMS + sceaux précédents) pour chaîner la confiance.

Exemple d'en-têtes ARC (simplifié)
ARC-Seal: i=1; a=rsa-sha256; d=relay.captaindns.com; s=arc1; cv=none; b=...
ARC-Message-Signature: i=1; a=rsa-sha256; d=relay.captaindns.com; s=arc1; h=from:to:subject:date:message-id; bh=...; b=...
ARC-Authentication-Results: i=1; relay.captaindns.com; spf=pass smtp.mailfrom=captaindns.com; dkim=pass header.d=captaindns.com; dmarc=pass header.from=captaindns.com
i=: position dans la chaîne (1 au premier relais, puis +1 à chaque hop).d=/s=: domaine et selector (comme DKIM) utilisés pour publier la clé publique DNS.cv=(dansARC-Seal) : Chain Validation déclarée par le relais pour la chaîne qu'il voit ; valeurs usuelles :none,pass,fail.h=,bh=,b=: champs classiques de signature (liste d'en-têtes signés, empreinte du corps, signature).
« Je vois des en-têtes ARC sans redirection, normal ? »
Oui. De grands fournisseurs (ex. webmails, suites collaboratives, passerelles de sécurité) signent systématiquement les messages entrants avec ARC.
Objectifs : sceller un point de vérité interne, tracer le passage dans leur infrastructure et faciliter d'éventuels transferts ultérieurs sans perdre la confiance.
Comment le destinataire évalue la chaîne ARC ?
- Vérifier toutes les signatures
ARC-Message-SignatureetARC-Sealen partant du plus grandi. - Contrôler la continuité : aucun
imanquant, chaque sceau couvre les précédents. - Observer
cv=dans le dernierARC-Seal(valeur déclarée par le scelleur). - Croiser avec DMARC : si SPF/DKIM actuels échouent, décider d'accorder du crédit aux résultats consignés dans les
ARC-Authentication-Resultsfiables.
C'est exactement ce que fait Microsoft 365 lorsqu'un trusted ARC sealer annule un échec DMARC : l'en-tête Authentication-Results affiche alors compauth=pass reason=130. Pour décrypter ce verdict et les autres codes (000, 001, 601), voir le guide sur l'authentification composite et les reason codes compauth.
Important : ARC n'impose pas d'accepter un message ; il apporte un contexte vérifiable pour une décision plus fine côté destinataire.

Bonnes pratiques (côté opérateur)
- Signez et validez ARC sur vos relais (listes, alias, passerelles antispam).
- Conservez les en-têtes ARC existants ; n'enlevez pas les sceaux valides.
- Gérez vos clés (rotation, TTL DNS, surveillance des échecs de vérif).
- Limitez les modifications de message après la pose du sceau (bannières, réécritures) ou re-scellez après modification.
- Journalisez les résultats DMARC influencées par ARC pour en mesurer l'impact.
Erreurs fréquentes
- Ajouter un
ARC-Authentication-ResultssansARC-Message-SignatureetARC-Seal. - Casser la chaîne (index
idupliqué/sauté, sceau ne couvrant pas le précédent). - Faire confiance aveugle à n'importe quel domaine
d=inconnu. La réputation du scelleur compte.
Foire aux questions
ARC remplace-t-il DKIM/DMARC ?
Non. Il complète SPF/DKIM/DMARC en préservant des résultats observés par les relais.
Qui peut ajouter ARC ?
Tout intermédiaire de transport (MTA, passerelle, service d'e-mail) qui observe le message.
Que signifie cv= exactement ?
La déclaration du scelleur sur l'état de la chaîne qu'il voit : none (pas de chaîne précédente), pass (chaîne cohérente et vérifiable), fail (chaîne invalide). Le destinataire refait sa propre validation.
Pourquoi un même message a-t-il plusieurs i= ?
Chaque relais incrémente i et ajoute son triptyque AAR/AMS/AS.
Pour aller plus loin
- IETF - RFC 8617: Authenticated Received Chain (ARC) : https://datatracker.ietf.org/doc/html/rfc8617
- RFC 8601 - Authentication-Results Header Field (contexte pour AAR) : https://datatracker.ietf.org/doc/html/rfc8601
Fiche mémo
- But : préserver et sceller les résultats SPF/DKIM/DMARC à travers les relais.
- 3 en-têtes :
ARC-Authentication-Results(résultats) +ARC-Message-Signature(signature du message) +ARC-Seal(sceau de chaîne). - Décision côté destinataire : signatures valides + réputation du scelleur + règles DMARC internes.
Guides authentification email connexes
- DKIM2 2025 : les nouveautes du futur standard - Decouvrez les evolutions de DKIM avec DKIM2
- DMARCbis 2025 : les nouveautes du futur standard - Decouvrez les evolutions de DMARC avec DMARCbis
- BIMI, VMC et CMC : compatibilite DNS - Guide complet sur BIMI et les certificats de marque
- Gmail Bulk Sender 2025 : les nouvelles exigences - Conformite aux regles d'envoi en masse de Gmail


